Je suis professeure à la TÉLUQ – Université du Québec depuis 2010, au Département des sciences de l’éducation. Mon parcours académique et professionnel s’inscrit à la croisée de la psychologie cognitive, de l’éducation des adultes et de la formation à distance. Avec le recul, ce cheminement apparaît cohérent, même s’il s’est construit par déplacements successifs, détours disciplinaires et engagements variés, plutôt que selon une trajectoire linéaire. Cette cohérence s’est élaborée progressivement autour d’une même préoccupation : comprendre et améliorer les conditions dans lesquelles l’apprentissage, la formation et le développement des compétences peuvent réellement advenir, dans des contextes institutionnels et sociaux concrets.
Ma formation initiale en psychologie expérimentale et en psychologie des processus cognitifs, réalisée à l’Université Paris 8, m’a très tôt conduite à m’intéresser aux conditions de construction des connaissances dans l’activité. Mes travaux doctoraux portaient sur les médiations épistémiques d’outils de représentation graphique des connaissances et sur leur rôle dans la compréhension et l’apprentissage. Cette attention portée aux outils, aux médiations et aux situations concrètes d’activité constitue un fil conducteur de l’ensemble de mes recherches et de mes enseignements.
Parallèlement à mon parcours universitaire, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans le champ de la formation continue et de l’ingénierie de la formation, tant en milieu institutionnel qu’en milieu professionnel. Ces expériences ont durablement orienté ma posture de chercheuse et de professeure : penser l’apprentissage non comme un processus abstrait, mais comme une activité située, inscrite dans des organisations, des métiers et des collectifs de travail. Deux stages postdoctoraux ont ensuite jalonné ce parcours. Le premier, réalisé à l’Université de Sherbrooke au sein de la Chaire de recherche du Canada sur l’intervention éducative, a consolidé mon ancrage dans l’analyse des pratiques et dans une approche interdisciplinaire de la formation. Le second, mené à la TÉLUQ au sein de la Chaire de recherche sur l’ingénierie cognitive, m’a permis de poursuivre et d’approfondir mes travaux sur les médiations cognitives, les dispositifs de formation et la modélisation des connaissances, en lien étroit avec les enjeux de la formation à distance.
Engagée dans la recherche depuis mes travaux de maîtrise, mes activités de recherche, d’enseignement et d’encadrement se sont progressivement structurées autour de trois axes principaux, qui ont trouvé à la TÉLUQ un contexte institutionnel particulièrement propice à leur déploiement : la médiation des apprentissages par les outils et les dispositifs numériques, l’analyse et la modélisation des pratiques professionnelles, et la formation des adultes, notamment en contexte de formation à distance. J’ai dirigé ou codirigé de nombreux projets de recherche et de recherche-formation, en collaboration avec des partenaires institutionnels, sociocommunautaires et internationaux, portant notamment sur le transfert de connaissances, la gestion des connaissances, le développement des compétences, l’encadrement à distance et les ressources éducatives libres.
Sur le plan de l’enseignement, je conçois et j’assure des cours aux premier et deuxième cycles en éducation et formation des adultes, principalement en formation à distance. Ces enseignements portent sur les stratégies pédagogiques, les théories de l’apprentissage, l’intervention éducative auprès des adultes et l’analyse des pratiques de formation. J’y accorde une place centrale à l’articulation entre cadres théoriques, dispositifs pédagogiques et situations vécues par les étudiantes et les étudiants. L’évaluation des apprentissages, tout comme l’évaluation des programmes, est envisagée dans cette continuité : comme un levier de compréhension des effets réels des dispositifs de formation et comme un outil au service de leur amélioration pédagogique.
Dans le prolongement de ces travaux, je m’intéresse aux pratiques d’éducation ouverte et aux formes de médiation et de circulation des savoirs qu’elles rendent possibles. Cette orientation s’est notamment concrétisée dans la création et le développement de Wiki-TEDia, une plateforme collaborative fondée sur MediaWiki, dédiée aux stratégies pédagogiques et à la formation des adultes. Conçu comme un dispositif pédagogique et un commun numérique, ce projet vise à soutenir la structuration des connaissances, la participation des apprenantes et apprenants à la production de savoirs partageables et la durabilité des ressources éducatives ouvertes.
Je suis enfin engagée auprès d’organismes sociocommunautaires œuvrant en éducation et formation des adultes, notamment comme membre des conseils d’administration de l’ICEA et de Co-savoir. Ces engagements traduisent une volonté de contribuer au dialogue entre milieux universitaires, communautaires et professionnels, et de penser l’université comme une institution pleinement inscrite dans la société, responsable de ses choix éducatifs et attentive aux enjeux de justice sociale et de participation des adultes à la vie collective.
L’ensemble de mon parcours témoigne ainsi d’une conception de la carrière professorale comme un travail de cohérence : cohérence entre recherche, enseignement, évaluation des programmes, engagement institutionnel, éducation ouverte et service à la collectivité. Mon activité actuelle s’inscrit dans cette perspective, avec le souci constant de penser l’éducation et la formation des adultes comme des pratiques profondément humaines, situées, médiatisées et socialement responsables.